Quand on regarde l’étiquette de composition d’un jean, on retrouve souvent la même formule : beaucoup de coton… et une toute petite quantité d’élasthanne.

1 %, 2 %, parfois davantage.

À première vue, 2 % d’élasthanne, cela semble presque insignifiant. Et pourtant, cette petite proportion peut changer sensiblement la façon dont un jean accompagne nos mouvements et se comporte lorsqu’on le porte.

Mais pourquoi ajoute-t-on de l’élasthanne au denim ? Quelle différence avec un jean 100 % coton ? Et surtout : que changent réellement ces fameux 2 % ?

C’est une question qui m’intéresse d’autant plus que, bien avant de travailler avec les tissus, j’avais déjà une petite obsession à ce sujet : lorsque j’achetais un jean, je regardais presque systématiquement son pourcentage d’élasthanne.

Et vous allez voir que cette vieille habitude a fini, des années plus tard, par influencer mes propres choix de tissus.


L’élasthanne, c’est quoi exactement ?

L’élasthanne est une fibre textile synthétique extrêmement extensible. Elle possède une particularité très intéressante pour l’habillement : elle peut s’étirer fortement puis tendre à retrouver sa forme initiale lorsque la tension disparaît.

Vous connaissez peut-être également cette fibre sous le nom de spandex, terme couramment utilisé notamment aux États-Unis.

Et le Lycra alors ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le Lycra n’est pas une fibre textile différente : il s’agit à l’origine d’un nom de marque associé à une fibre élasthanne.

Dans les compositions textiles européennes, c’est généralement le terme élasthanne que vous retrouverez sur les étiquettes.

Sa grande particularité est qu'il n'est pas nécessaire d'en mettre énormément.

Associé à d’autres fibres, un faible pourcentage d’élasthanne suffit déjà à apporter de l’extensibilité à un tissu.

C’est précisément ce qui le rend intéressant dans le denim.


Mais au fait, qu’est-ce qu’un denim ?

Avant de parler de stretch, il faut revenir un instant au tissu lui-même.

Le denim traditionnel est un tissu chaîne et trame, généralement en coton, reconnaissable à son armure sergé. Si vous observez un jean de près, vous distinguerez d’ailleurs ces fameuses petites diagonales caractéristiques à sa surface.

Historiquement, le denim est donc un tissu plutôt robuste et, lorsqu'il est composé de coton sans fibre extensible, il ne possède pas l’élasticité d’une maille comme le jersey.

Un jean en denim 100 % coton peut donc avoir une très belle tenue et évoluer avec le temps, mais il offre généralement moins d’aisance immédiate qu’un denim stretch.

Et c’est justement là que l’élasthanne entre en scène.


Comment rend-on un denim extensible ?

Pour fabriquer un denim stretch, on ne prend évidemment pas un denim terminé auquel on ajouterait ensuite de l’élasthanne.

La fibre élastique est intégrée dans les fils utilisés pour construire le tissu, souvent dans le sens de la trame pour les denims extensibles classiques.

On obtient alors un tissu qui conserve l’aspect et la structure caractéristiques du denim, mais qui possède une capacité supplémentaire à accompagner les mouvements.

Lorsque vous vous asseyez, vous accroupissez, marchez ou pliez les jambes, le tissu peut s’étirer davantage qu’un denim rigide.

Et sur un pantalon, cette différence se ressent particulièrement.


Pourquoi trouve-t-on autant d’élasthanne dans les jeans aujourd’hui ?

Il suffit de regarder les étiquettes de quelques jeans dans une boutique de prêt-à-porter pour constater que les compositions contenant une petite proportion d’élasthanne sont très courantes.

Ce n’est pas vraiment étonnant.

Nos attentes envers les vêtements ont évolué.

Nous voulons pouvoir porter un jean pendant des heures, travailler assis, marcher, conduire, monter des escaliers… tout en restant à l’aise.

Les coupes ont également beaucoup évolué au fil des modes. Slim, skinny et autres pantalons près du corps ont largement contribué au développement des denims extensibles, puisqu'une matière capable d’accompagner les mouvements facilite le confort dans des vêtements ajustés.

Mais l’intérêt du stretch ne s’arrête pas aux jeans très moulants.

Même dans une coupe droite, bootcut, flare ou plus ample, une légère extensibilité peut apporter un confort appréciable, notamment au niveau de la taille, des hanches, des cuisses et des genoux.

L’idée n’est donc pas forcément de fabriquer un jean qui s’étire énormément.

Parfois, on veut simplement un denim qui accompagne un peu mieux le corps.


1 %, 2 %, 3 % d’élasthanne… qu’est-ce que ça change ?

C’est probablement la question la plus tentante.

On pourrait imaginer une règle très simple :

100 % coton = rigide
1 % = légèrement extensible
2 % = confortable
3 % et plus = très stretch.

En réalité, c’est beaucoup plus subtil que cela.

Le pourcentage d’élasthanne donne une indication intéressante, mais il ne suffit pas à lui seul pour prédire exactement le comportement d’un denim.

Deux tissus contenant tous les deux 2 % d’élasthanne peuvent avoir une extensibilité et une tenue différentes.

Pourquoi ?

Parce que le comportement final dépend également de nombreux paramètres : la construction du tissu, son poids, les fils utilisés, la qualité des fibres, la manière dont l’élasthanne est intégré ou encore les finitions appliquées au textile.

Il faut donc considérer le pourcentage comme un élément parmi plusieurs, et non comme une règle absolue.

C'est une nuance importante.


Pourquoi ai-je toujours regardé le pourcentage d’élasthanne de mes jeans ?

Il y a une chose que je fais depuis très longtemps lorsque j’achète un jean : je regarde son étiquette de composition.

Et pendant des années, j’ai eu une règle très simple :

pas plus de 2 % d’élasthanne.

Cette règle ne venait pas d’un cours de textile ou d’une quelconque théorie. Elle venait tout simplement de mon expérience avec mes propres jeans.

J’avais remarqué que les modèles très stretch étaient souvent incroyablement confortables lorsque je les essayais. Ils épousaient parfaitement le corps, ne serraient presque nulle part et donnaient immédiatement cette sensation de facilité.

Mais quelques heures plus tard, j’aimais beaucoup moins le résultat.

Vous connaissez peut-être cette sensation : le jean qui tombe parfaitement le matin et qui semble plus lâche en fin de journée, notamment au niveau des fesses, des genoux ou de la taille.

C’est précisément ce que je voulais éviter.

Au fil du temps, 2 % d’élasthanne est donc devenu mon repère.

Pas parce qu’un jean contenant 3 ou 4 % d’élasthanne se détendra obligatoirement — ce serait trop catégorique — mais parce que je savais ce que je recherchais : un jean avec de la tenue, qui ressemble et se comporte encore comme un denim, avec simplement assez d’élasticité pour être confortable.

Et c’est une nuance importante.


Plus d’élasthanne signifie-t-il forcément plus de confort ?

Pas nécessairement. Et surtout, tout dépend de ce que l’on appelle « confort ».

Lorsqu’on ajoute de l’élasthanne au denim, on lui permet de s’étirer davantage lorsque le corps bouge. C’est particulièrement appréciable lorsqu’on s’assoit, que l’on se baisse, que l’on conduit ou que l’on monte des escaliers.

Mais il existe une grande différence entre apporter un peu d’aisance à un denim et rechercher un tissu extrêmement extensible.

C’est la seconde sensation que, personnellement, je n’aime pas dans un jean.

Je veux sentir que je porte du denim. J’aime qu’un pantalon conserve une certaine structure et une certaine tenue, plutôt qu’il épouse le corps comme pourrait le faire un legging.

C’est pourquoi 1 à 2 % d’élasthanne constitue pour moi un excellent point de départ lorsque je recherche un denim légèrement stretch.

Le coton — ou la fibre principale — reste très largement majoritaire, tandis que la petite proportion d’élasthanne apporte cette souplesse supplémentaire que l’on apprécie au quotidien.


Attention : 2 % d’élasthanne ne signifie pas 2 % de stretch

C’est probablement l’une des choses les plus utiles à savoir lorsque vous achetez du denim pour coudre.

La composition et l’extensibilité sont deux informations différentes.

Une étiquette indiquant :

98 % coton – 2 % élasthanne

vous renseigne sur les fibres qui composent le tissu.

Elle ne signifie absolument pas que le tissu ne s’étire que de 2 %.

Selon la manière dont il a été fabriqué, un denim contenant 2 % d’élasthanne peut avoir une extensibilité bien supérieure.

C’est pourquoi, en couture, il est intéressant de regarder à la fois la composition du tissu ET son taux d’extensibilité, surtout lorsque le patron donne une recommandation précise.

Vous pouvez également faire un test très simple : prenez une portion de tissu de 10 cm sans l’étirer, puis tirez-la raisonnablement dans le sens où elle est extensible.

Si vos 10 cm atteignent 12 cm, votre tissu possède environ 20 % d’extensibilité.

C’est cette information qui vous permettra notamment de vérifier si votre denim convient au patron que vous souhaitez coudre.


Alors, comment choisir son denim stretch ?

Si, comme moi, vous recherchez du confort sans obtenir un effet très stretch, la composition peut donc vous servir de premier filtre.

Je regarderais d’abord les denims contenant une petite proportion d’élasthanne, autour de 1 à 2 %.

Ensuite, touchez le tissu.

Étirez-le légèrement entre vos mains.

Un denim légèrement stretch doit pouvoir accompagner le mouvement, mais si votre objectif est de conserver de la tenue, vous ne recherchez pas forcément cette sensation très souple et très élastique que l’on trouve dans certains jeans ultra-stretch.

Et surtout : relâchez-le.

Observez la façon dont il revient en place.

En couture, vérifiez ensuite les recommandations du patron. Certains pantalons sont conçus pour du denim rigide, d’autres nécessitent 10, 15, 20 % d’extensibilité ou davantage.

La question n’est donc pas seulement :

« Combien y a-t-il d’élasthanne ? »

mais plutôt :

« Quel comportement est-ce que je recherche pour mon pantalon ? »


Pourquoi ne pas choisir simplement du denim 100 % coton ?

Parce que les deux répondent à des envies différentes.

J’aime beaucoup le denim 100 % coton. Il possède ce côté authentique, structuré, parfois presque brut, que l’on associe au jean traditionnel.

Pour certaines coupes, c’est exactement ce que l’on recherche.

Mais pour un pantalon destiné à être porté facilement au quotidien, j’apprécie aussi ce petit supplément d’aisance qu’apporte l’élasthanne.

Pouvoir s’asseoir confortablement.

Marcher.

Se baisser.

Conduire.

Vivre dans son pantalon, tout simplement.


De mes propres jeans à la sélection Studio Denim

Des années plus tard, lorsque j’ai commencé à travailler sur Studio Denim, je me suis finalement posé exactement les mêmes questions que devant une étiquette de jean dans une cabine d’essayage.

Qu’est-ce que j’aime réellement porter ?

Quelle sensation est-ce que je veux retrouver ?

Et surtout : quel type de denim ai-je envie de proposer aux couturières ?

Je ne voulais pas sélectionner un tissu uniquement parce qu’il était extensible.

Je voulais d’abord du denim qui reste du denim.

Une matière avec son caractère, son armure sergé reconnaissable et suffisamment de présence pour confectionner de vrais pantalons.

Mais je voulais également ce petit supplément de confort qui accompagne les mouvements du quotidien.

Je me suis donc naturellement tournée vers ce qui avait été mon propre repère pendant toutes ces années :

2 % d’élasthanne.

Ce n’est pas une frontière universelle entre un « bon » et un « mauvais » denim.

C’est mon cahier des charges.

Celui qui correspond au denim que j’aime porter et que j’avais envie de sélectionner pour la boutique :

du stretch, mais pas trop.


Et puisque le denim ne se résume pas au bleu…

Une fois la matière trouvée, il restait la partie probablement la plus amusante : choisir les couleurs.

Je voulais évidemment conserver les grands classiques : un indigo, un bleu, un noir et un blanc.

Mais Studio Denim devait aussi permettre d’imaginer autre chose que le traditionnel jean bleu.

J’ai donc ajouté un vert mousse, doux et naturel, et un terracotta, beaucoup plus chaleureux.

Six couleurs.

Six possibilités de pantalons très différents.

Mais toujours le même fil conducteur : 2 % d’élasthanne et cette recherche d’équilibre entre tenue et confort.


Alors, 2 % d’élasthanne : est-ce le bon choix pour vous ?

Si vous recherchez un denim légèrement stretch, confortable, mais qui conserve de la tenue, c’est clairement une composition que je vous conseille de regarder.

Cela ne signifie pas que tous les denims contenant 2 % d’élasthanne seront identiques. La construction du tissu et son taux réel d’extensibilité restent importants.

Et cela ne signifie pas non plus qu’un denim contenant davantage d’élasthanne sera nécessairement de mauvaise qualité ou qu’il se détendra forcément.

Il répond simplement à un autre cahier des charges.

Certaines personnes adorent les jeans très stretch et extrêmement souples. D’autres préfèrent le caractère d’un denim 100 % coton.

Et puis il y a celles qui, comme moi, cherchent quelque chose entre les deux.

La tenue du denim.
La liberté de mouvement en plus.
Sans l’effet ultra-stretch.

C’est exactement ce que je cherchais autrefois en retournant les étiquettes de mes jeans dans les magasins.

Et finalement, toutes ces années plus tard, mes fameux 2 % d’élasthanne se retrouvent dans Studio Denim.